J'ai lu cet été
un bouquin qui m'a tant passionnée que je l'ai avalé en deux jours. Il m'a été offert par un ami anglais habitant Séguret, il est écrit en anglais, par une
américaine,
"A Farmhouse in Provence".
de Mary Roblee Henry
Ce livre raconte le coup de coeur d'une Américaine de Washington, épouse d'un
Français, Paul Marc Henry, originaire des environs, pour un mas en ruines et quelques acres de terre sur la commune de Séguret, dans un endroit isolé, situé entre le Jas et St Jean. Et surtout,
il narre d'une manière plaisante et humoristique les épisodes de cette restauration et la création d'un domaine viticole.
Les années 60, c'est l'époque où Séguret renaît, où, après des années d'abandon, l'association des Amis de Séguret s'attache à la promotion, à la restauration de ce village crèche, à la reprise de la pratique des fêtes et des rites d'antan.
Aujourd'hui, Séguret porte fièrement ce label : "L'un des plus beaux villages de France" et nous profitons de l'accomplissement de cette laborieuse démarche car, à cette époque, il s'agissait encore des premiers balbutiements.
Ce qui m'a le plus séduit, dans cet ouvrage, c'est la passion, l'attachement de Mary pour ce modeste village de Provence, sa détermination, cet immense défi qu'elle relève, surmontant les obstacles multiples, la langue surtout et par conséquent la communication avec les locaux, voisins, artisans, fonctionnaires et cette ouverture vers une culture très différente de la sienne, cette façon intelligente et drôle de négocier, d'oublier son regard d'Américaine, de se décentrer pour dialoguer avec ses interlocuteurs.
Conduire ce projet, cet immense chantier et pour le lecteur en suivre pas à pas les avancées et les reculs, c'est partager avec Mary son enthousiasme, ses émotions, ses doutes et ses moments de jubilation. En effet, en ces années modernistes où le Formica était à l'honneur, préserver les matériaux anciens était source d'incompréhension pour les artisans locaux.
Des noms de familles du village, que je connais moi aussi, y sont évoqués, les Bonell, les Verdeau, les Charasse. On y évoque aussi un Noël provençal bien froid, messe de minuit et spectacle Li Bergie dans l'église de Séguret, comme aujourd'hui avec d'autres acteurs amateurs.
Si cette démarche me fascine et m'interpelle, c'est ... que je la partage aussi.
Découvrant Séguret dans les années 80, nous y sommes revenus plusieurs fois lors de multiples séjours en Provence, en différentes saisons. C'est cet attrait pour Séguret en particulier qui nous a finalement conduits à y construire une maison non plus comme pied à terre de vacances, comme nous y pensions initialement, mais comme lieu de résidence permanente. La Sérafine pour Mary et Sucmiei pour nous. Et cette fascination ne s'émousse pas, revenir à Séguret après des séjours ailleurs, c'est toujours pour moi, retrouver ma terre, mes racines, le plaisir de voir, de sentir, d'écouter ce petit coin de Provence, j'y respire !
Je vous recommande vivement la lecture de cet ouvrage dont je joins les
références ci-dessous.
Sur le chemin des Espiers, on croise des calèches (ou
jardinières ?), de jolis ânes bâtés montés par des enfants. J'en ai vu un de deux ans, prêt pour l'aventure et attendant gravement le départ. Quelle animation dans les vignes ! On "promène" comme
on dit ici, en famille, on se bouscule un peu pour grimper dans les calèches, on rit ou on crie quand les chevaux prennent le trot dans les descentes.
Du chemin des Espiers, c'est un autre aspect du village
que l'on découvre : un cirque de pierre irradié de lumière, à l'arrière-plan des vignes, qui se découpe sur l'azur du ciel.
Cette fête est aussi un clin d'oeil au Séguret d'antan quand les chevaux, sur le devant de la scène, assuraient le travail de la terre. A Séguret, entre 1900 et
1915, les chevaux étaient aussi nombreux que les mulets : 75. Le nombre de chevaux atteint son maximum en 1927 : 122. Et puis, à partir de 1955, les tracteurs ont remplacé les
bêtes.